Le Yautja dans Predator et les aliens

« CONTAAAAAAAAAAAACT »

Le film va se permettre de faire (enfin) une pause. McT va en profiter pour modifier profondément la psychologie des personnages. Devant l’irrationnel, chacun trouve sa parade. Le réalisme glaciale de Billy, la déshumanisation de Mac Elliot qui sombre dans la vengeance, Dillon qui reste campé sur ces certitudes (« mais non ce sont deux ou trois snipers »), la peur panique de Poncho et enfin le pragmatisme de Dutch.

Les répliques elles aussi, sont travaillées dans ce sens. Le fameux « On va tous y rester » de Billy parlera pour moi. La scène de Mac Elliot s’adressant à son copain disparu confirme qu’il perd totalement les pédales (« je lui tatouerais ton nom sur son ventre avec mon couteau »).

Nos héros découvriront avec effroi que le corps de leurs copains Blain (qu’ils avaient récupéré) a disparu.

C’est à ce moment qu’ils comprennent qu’ils n’ont plus à faire à quelque chose de « normal » (vous connaissez beaucoup de tueur qui traverserait un champ de mine pour récupérer un cadavre ?) et que la fuite est un option à éviter au possible.

Les rôles des personnages dans Predator

Le jeu de miroir s’installe enfin. Une des meilleures idées de « Predator » est que constamment les rôles changent (nous verrons ça au fur et a mesure) entre le chasseur et le chassé. Le film alternera les situations dans une maestria fabuleuse.

Comme dans tout bon film du genre, quand les protagonistes tendent un piège à leurs poursuivants, ça foire dans les plus grandes largeurs.

Le groupe va donc se séparer en deux. D’un côté Dutch, Maria, Poncho (sacrément amoché) et Billy préfère fuir devant la furie Yaujtanienne. De l’autre Mac Elliot a totalement pété les plombs (« oh oui ma beauté, on va se faire une petite fête… on va se faire une petite fête… ») suivi de près par Dillon.

D’ailleurs, c’est encore la seule zone d’ombre qui me travaille sur « Predator ». Dillon est présenté comme un personnage lâche et retors depuis le début du film. Pourquoi alors ce regain de patriotisme ? Pourquoi se lance-t-il corps et âme contre le tueur invisible alors qu’il n’a aucune chance ?

Nous savons qu’il est le seul pour l’instant à avoir entraperçu le Yaujta (il perd brièvement son camouflage durant le piège). Il est donc le seul à se douter qu’ils ont affaire à un extraterrestre. Selon moi, si Dillon y va c’est dans l’unique but de pouvoir capturer le Predator et le livrer aux autorités compétentes. Je n’arrive pas à croire une seule seconde qu’il va au casse-pipe par sacrifice. Mais hélas, je n’ai absolument rien trouvé pour corroborer mes fabulations, si vous avez une autre théorie, je suis preneur !

La scène du duel entre Mac Elliot, Dillon et le Yautja est elle aussi révélatrice de quelque chose.

On retrouve totalement le concept d’inversion de rôles qui est une des marques de fabrique de « Predator ». Les deux humains tenteront de devenir les traqueurs avant qu’ils ne redeviennent des proies.

Dans cette scène,  le Predator ne se cache plus. Les humains ayant découvert sa stratégie, mis à part son camouflage intégral (ça serait con de se manger un bastos quand même), il s’affirme en tant que Chasseur.

Il y a un Predator dans cette image, sauras-tu le retrouver ?

Mais il fera surtout preuve d’un orgueil assez démesuré (voir la scène où il tue Mac Elliot avec un dédain absolu) et s’amusera carrément à provoquer Dillon (« Avec joie » ou le fameux « Anytime » en VO).

Il le défie pour mieux l’humilier. Il veut prouver sa supériorité sur la race humaine. C’est certainement pour ça que la mise à mort de Dillon est la plus horrible (en deux temps) vu que le Yautja poussera le vice à l’empaler sur ses grosses griffes dans une attitude de victoire absolue (mettez sur pause à ce moment, vous comprendrez mieux).

On rattrape les autres humains terrifiés. Ils fuient à pleine jambe devant leur Némésis. Mais Billy lui a enfin compris. Le Predator n’a que faire de proies qui fuient, ça ne l’intéresse pas. L’Indien sera le premier à deviner la nature intrinsèque du Yautja.

Il cherche un vrai beau duel, un de ceux qui transpirent le sang et l’engagement. Alors Billy le défiera (hop on réinverse les rôles) avec un regard d’aliéné. Bon je ne vous cache pas que vu le cri, il l’a pas fait long feu le peau rouge.

Billy qui tente d’impressionner le Yautja avec son regard.

On accélère un peu, de toute façon, y’a pas grand-chose à dire de plus. Poncho se fait one-shot et Dutch tente toujours vainement de fuir devant l’inexorable. On entame le troisième dossier du chapitre, celui qui nous révèle l’enjeu moral du film.

D’ailleurs,  c’est à ce moment là que notre Predator se dévoile enfin à nous dans toute sa splendeur. Ai-je vraiment besoin de rappeler à quel point cette créature est bad-ass ?

Oui il claque trop méchamment sa race.

Dutch lui en aura profité pour faire un joli bain de boue. Bon on pourra revenir longtemps sur la véracité du procédé (la boue brouille t’elle une vision thermique ?) mais ça marche. Toujours dans le jeu d’inversion de rôle, celui qui devient aveugle est le Predator.

Il ne voit plus Dutch. D’ailleurs, et c’est un symbole fort, ce qui sauvera le Major d’une mort certaine est le fait qu’il a perdu son arme. Au moment où l’ami Rasta émerge de l’eau, son tout premier réflexe est de chercher son arme. Il ne la trouvera pas et s’attendra à une mort certaine (qui ne viendra pas, vu que l’autre est aveugle)

Via cette subtile séquence, Dutch a enfin compris. Pour combattre la bête, il faut devenir la bête. Les armes, aussi puissante soient-elles, sont inutiles contre le Yautja. La seule façon de survivre et de se mettre à son niveau. Devenir à son tour un chasseur, retourner ses armes contre lui… Finalement le dernier chapitre s’ouvre.

Il y a un Schwarzenegger dans cette image, sauras-tu le retrouver ?

Dutch va à son tour devenir un monstre. Il va abandonner son côté humain pour mieux embraser celui de la bestialité, de l’instinct survie le plus primaire.

Tout le reste de la séquence sera d’ailleurs filmée en ce sens. Le Major se prépare avec une ardeur  retrouvée. Il renoue avec la nature, fait corps avec elle (comme n’importe quel animal) et délaisse complètement son humanité.

De son côté le Predator montrera sa seule et unique faiblesse. Son orgueil démesuré. Il hurle à sa victoire prochaine (lorsqu’il arrache la colonne vertébrale) et contemplera ses trophées. Pour lui il est évident qu’il gagnera. Ce n’est pas pour rien s’il attend que Dutch soit prêt. Il veut son duel et ne fera en rien pour le provoquer.

En ce sens là, la scène du cri est l’appel de la Guerre. Le Major est prêt pour son ultime défi. Mais son hurlement cache autre chose. C’est pour lui une « renaissance ». L’Homme est définitivement mort pour ne laisser place qu’à la bête. Beaucoup plus qu’une provocation, c’est un cri primal.

La renaissance de Dutch. Une des scènes les plus importante du film.

Pour la première fois, c’est l’humain qui porte le premier coup. Le Yautja, toujours sûr de lui, tombera la tête la première dans le piège de Dutch. Pour la première fois depuis le début du film, les deux adversaires sont au même niveau.

On remarquera que le Predator, à l’instar des hommes, réagira face à l’incompréhensible (il vient de se faire blesser sans voir son adversaire et perdre son camouflage, chose inconcevable pour lui) en dévastant la forêt avec son canon plasma. Ho bien sûr, ce n’est pas de la peur qu’il ressent (du moins j’en doute) fort mais bel et bien de la colère.  Encore une fois, McT sublimera le concept du jeu de miroir.

Il s’engagera un duel épique qui n’engage pas uniquement la victoire où la mort. C’est un duel entre deux guerriers. La ruse pour l’homme, la force pour le Yautja. Chacun d’entre eux utilisera au mieux leurs capacités pour prendre le dessus. En toute logique, c’est le Predator qui triomphe.

Dutch ayant malencontreusement perdu son camouflage naturel et se retrouvera nu comme un vers face à son adversaire.

Cette scène, désormais mythique, lancera le Predator dans la légende. Alors qu’il avait tout le loisir d’achever son adversaire, il décide de lui offrir un mano à mano des plus terribles. Le Yautja enlève son canon et retire son masque pour que Dutch puisse enfin voir qui il affronte.

Round one… Fight avec Yautja!

Le duel s’engage. Bien entendu, Dutch ne peut pas faire grand-chose, il se fait ravager la tronche en quelques secondes. Certains plans sont absolument terribles car voir la Major ramper comme un misérable devant le Predator est plus que significateur.

Et le Hish commettra son unique erreur. Son orgueil démesuré l’empêche de comprendre la manœuvre de l’humain. Trop sûr de lui, il avance inéluctablement vers une nouvelle victoire, un nouveau trophée prêt à porter le coup de grâce à son adversaire bien méritant.

Ironiquement, ça sera le terrain, qu’il affectionne tant, qui tuera le Predator. Durant le film, Maria (vous savez la femme qui sert à rien) dira « C’est la forêt qui est venu et qu’il a emporté ». C’est exactement ça qui arrive à notre ami à rasta (bon bien aidé par la ruse de Dutch, je vous l’accorde). Le Predator est vaincu. Mais c’est un mauvais perdant. Alors il fait un Hara-kiri nucléaire pour sauver son honneur (c’est quand même vil quand j’y pense !).

Dutch survivra (oui bon c’est le héros) et rejoindra l’hélicoptère. Un dernier plan nous montrera le Major grièvement blessé mais surtout las. Il retourne à la civilisation mais il a définitivement laissé son humanité dans son duel face au Yautja. Une partie de lui-même est resté là bas.

FIN de predator.

Voila pourquoi « Predator » est un chef d’œuvre du genre. Parce qu’il a su parfaitement joué des codes  (on ne sait jamais ce qu’il se passe finalement) pour mieux nous perdre dans sa folie meurtrière.

Ce n’est pas un Actionner au sens propre du terme. Sous son enrobage de film  bourrin pour décérébré, il y a tout un enjeu moral des plus sombres. Il y a bien sûr la « peur face à l’inconnu », magistralement mise en scène. Mais c’est avant tout un voyage dans les recoins les plus sombres de l’humanité, celle de notre bestialité latente (l’inéducable transformation de Dutch).

Stallone dans « Rambo 2 » disait « Pour survire à la guerre, il faut devenir la guerre ». « Predator » rendra parfaitement justice à cette citation.Le film sort parfaitement des chemins balisés du divertissement primaire pour entrer dans la légende. C’est un film de Barbare avec un grand B, d’une radicalité sans nom mais savant se montrer tout aussi subtil.

1 Commentaire

  1. Ping : Mais en fait, les Predators c’est quoi ?

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